La cérémonie officielle s’est déroulée à Kaodioul, village qui doit donner le ton du «bukut» ou «futamp», dans la mesure où il abrite le bois sacré commun à ces 16 villages dont Djilonding, Diakine, Kassila, Diaboudior, Soutou, Koutenghor. Ces localités sont également connues sous le vocable de Yameukeye (grand rassemblement).
Le gouverneur de la région de Ziguinchor, Cheikh Tidiane Dieng, le ministre des Affaires sociales, Faustin Diatta et son homologue en charge de la Jeunesse et des Sports, Mamadou Lamine Keita, ont participé au coup d’envoi de cet évènement à la fois comme rituel, culturel et cultuel qui n’a plus été organisé depuis 1968.
Dès les premières heures de l’après- midi, des milliers d’hommes, de femmes, d’adultes et d’enfants ont pris d’assaut la place publique du village de Kaoudioul pour assister au lancement du ‘’bukut’’ 2010 du Yameukeye.
Entre le rythme des tambours traditionnels et les explosions des fusils, le visiteur se perd dans une ambiance sonore indescriptible. Pour ceux qui assistent pour la première fois à cet événement, c’est aussi la peur.
«Je suis venue accompagner mon mari. Mais vraiment, je patine en ce moment», lance d’une voie tremblante, Constance Faye Badji, sérère bon teint perdue dans l’univers traditionnel diola.
A côté de Mme Badji, des hommes en ‘’tiaya’’ pantalon bouffant traditionnel), toutes sortes de gris-gris au coup, font une démonstration avec des coupe-coupe.
Plus loin, les futurs initiés dansent en se serrant les uns contre les autres. «Cette danse s’appelle le +Jilamadoor+», explique un habitant du village, précisant : «Elle ne concerne que les futurs initiés. Chacun d’entre eux veut être le meilleur danseur.»
C’est dire si la rivalité de performance entre les futurs initiés est éreintante. Agé seulement de 15 ans, Malick Coly, élève en classe de 5ème, se dit exténué par le rythme imposé. «Je suis vraiment heureux de prendre part à l’initiation. Mais c’est fatigant car, depuis 15heures, nous chantons et dansons», déclare-t-il.
En revanche, pour son camarade à côté, satisfaction totale. «C’est après l’initiation que l’homme diola devient responsable», argumente Boubacar Sagna, 42 ans et candidat au «bukut.»
Le président du comité de pilotage du Yameukeye ne dit pas le contraire. «Le bukut ou futamp est le passage du jeune diola non initié au statut d’homme accompli apte à prendre part à la quasi-totalité des activités du diola. C’est aussi une forme de libération et surtout d’intégration», a expliqué Mohamed Coly, président du comité de pilotage du Yameukeye et par ailleurs régisseur de l’université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar.
Le «bukut», a précisé Coly, est aussi un événement «culturel, rituel et cultuel auquel le diola reste attaché au point de ne ménager aucun effort pour sa conservation.»
L’évènement proprement dit est prévu du 19 juin au 31 juillet dans les 16 villages du Yameukeye. Mais en attendant, c’est le village de Kaodioul qui ouvre le bal en envoyant dès samedi 19 juin, ses candidats au bois sacré où ils vont passer une semaine.