Trois ans après son élection, le Président français semble s’écarter de son chemin tandis que son homologue américain, investi en janvier 2009, garde le cap. Dans leurs rapports avec l`Afrique, en effet, la France est demeurée «mère poule» alors que les Etats-Unis se révèlent «père fouettard».
Deux événements illustrent parfaitement cette différence d’approche entre ces deux grandes puissances, qui ont décidé de célébrer, à leur manière, le cinquantenaire des indépendances africaines. L’un avait pour cadre Paris, le 14-juillet, et l’autre aura lieu au début du mois d’août à Washington.
Là où l`Elysée a pris la décision, très controversée, de chouchouter et dorloter les Chefs d`Etat de treize de ses anciennes colonies africaines, la Maison-Blanche, elle, a choisi d’accorder son hospitalité à de «jeunes leaders» de la société civile de 18 pays d’Afrique.
Sarkozy au secours d’Obama
Certes, depuis longtemps, le locataire de la Maison-Blanche a exprimé sans équivoque, sa volonté de ne choisir ses amis que parmi les dirigeants vertueux, mais, en l’occurrence, les circonstances l’ont aidé à rester dans l’esprit de sa ligne de conduite. Si au bout du compte Obama s’est gardé d’inviter chez lui les Présidents africains qu’il avait ciblés (parmi lesquels les plus contestés, inévitablement, le cas échéant), c’est parce qu’il a été en partie refroidi par l’accueil réservé à une telle initiative en France et ailleurs.
Le Président des Etats-Unis a donc échappé de quelques cheveux au lynchage réservé à Sarkozy. Les organisations de défense des droits de l’homme ne lui auraient pas pardonné de fréquenter des gens douteux, encore moins de leur dérouler le tapis rouge. L’opinion américaine, déjà très mécontente de la gestion de la catastrophe écologique causée par BP dans le Nouveau-Mexique, n’aurait pas été plus accueillante d’une telle initiative.
Mais s’il lui était loisible d’ignorer tous les Présidents africains concernés, démocrates et dictateurs confondus, Obama devrait veiller à ne pas frustrer les populations des pays qui fêtent 50 ans d’indépendance. Celles-ci ne mériteraient pas d’être privées des honneurs de la Maison-Blanche, elles n’avaient pas à payer pour des fautes qu’elles n’ont pas commises.
Comprenant la nécessité de ménager la chèvre et le chou, Washington a réussi un savant dosage, un grand écart. Mais à y voir de près, cette démarche constitue une suite logique des recommandations adressées au continent par Barack Obama, lors de son premier voyage en Afrique subsaharienne, en tant que Chef d’Etat.
Il y a un an, devant le Parlement ghanéen…
Partant du principe que l`engagement des Etats-Unis et du reste de l`Occident «ne doit pas se mesurer uniquement à l`aune des dollars» dépensés, le Président américain confia au Parlement du Ghana, à toute l’Afrique, les conditionnalités attachées à l’octroi de l’aide américaine. C’était il y a un peu plus d’un an.
«Je me suis engagé à augmenter fortement notre aide à l`étranger (...), annonça-t-il. Toutefois, le véritable signe de réussite n`est pas de savoir si nous sommes une source d`aide perpétuelle (...), mais si nous sommes des partenaires dans la création des capacités nécessaires pour un changement transformateur.»
«Cette responsabilité mutuelle doit être le fondement de notre partenariat», ajouta Obama, soulignant du même coup le caractère essentiel, pour le développement de l`Afrique, de quatre domaines : la démocratie, les possibilités économiques, la santé et le règlement pacifique des conflits.
Interpellant les jeunes Africains dans la dernière partie de son discours, le Président des Etats-Unis dit : «Le monde sera ce que vous en ferez. Vous avez le pouvoir de responsabiliser vos dirigeants et de bâtir des institutions qui servent le peuple.»
Le locataire de la Maison-Blanche de poursuivre : «Vous pouvez servir vos communautés et mettre votre énergie et votre savoir à contribution pour créer de nouvelles richesses ainsi que de nouvelles connexions avec le monde (…).»
Pour aider l’Afrique, il faut aider sa jeunesse
Conscient que la tâche «ne sera pas facile», qu’il «exigera du temps et des efforts» et qu’«il y aura des souffrances et des revers», Obama assura la jeunesse africaine du soutien américain : «L’Amérique vous accompagnera tout le long du chemin, en tant que partenaire ; en tant qu’amie.»
«Cependant, s’empressa-t-il de préciser, le progrès ne viendra de nulle part ailleurs, il doit découler des décisions que vous prendrez, des actions que vous engagerez et de l’espoir que vous porterez dans votre cœur.»
Au début du mois d’août à Washington, face aux «jeunes leaders» africains, le Président des Etats-Unis va sans doute remettre le même disque. Surtout, il va écouter ses invités, apprécier l’évolution de la situation dans les différents pays, depuis son premier passage en Afrique subsaharienne. Et, en fonction des points distribués aux différents Etats par leurs représentants, il va éventuellement fixer l’agenda de son prochain voyage sur le continent.
Les bons élèves peuvent espérer accueillir Obama et, du coup, se consoler d’avoir manqué le rendez-vous de Washington. Les cancres devront, une nouvelle fois, voir Air Force One, l’avion du Président des Etats-Unis leur passer par-dessus la tête. En attendant une éventuelle prochaine fois.